Enfin, après des décennies de militantisme, de consultations, de comités et de campagnes interminables sur les médias sociaux, le gouvernement de Kathleen Wynne vient d’annoncer aux francophones qu’elle nous offrira, de la bonté de son cœur et par amour pour la communauté, une université francophone. Mais ça ne ressemble pas du tout à ce que nous avons demandé ni à ce que nous avons de besoin. Pour quelqu’un comme moi qui n’était pas enthousiasmé par la campagne pour l’UFO dès le départ (voir mon temps en tant que Président de l’AEF), les recommandations du Rapport Adam sont encore moins attrayantes.

Bien que la nouvelle université aiderait à rectifier la situation répréhensible dans le centre et le sud-ouest en ce qui a trait à l’accès à l’éducation universitaire en français, ce n’est pas une université franco-ontarienne, point final. Alors que ça règlerait la situation à Toronto et le sud-ouest, qui, je le répète, doit être réglée au plus sacrant, le projet ne propose aucunement d’adresser la situation ailleurs en province.

De plus, le rapport recommande que la nouvelle institution partage des locaux et du personnel avec les installations torontoises du Collège Boréal afin de mitiger ses coûts opérationnels. Non seulement est-ce que ce genre de dépendance soulève des questions par rapport à l’autonomie et le statut universitaire de la nouvelle institution, mais pour avoir observé de près la fin houleuse du campus de la Laurentienne à Barrie, c’est une solution potentiellement hasardeuse et qui est loin d’être idéale. Le risque de cannibalisme des programmes existants, du financement provincial et des effectifs vient jeter encore plus de doute dans la proposition.

Je comprends mal l’argument qu’on va échapper aux foyers d’assimilation des écoles bilingues pour s’installer dans la plus grande métropole anglophone au pays. Je connais plein de Franco-Ontariens, provenant de partout en province, qui se sont épanouis au sein d’une école bilingue. En bout de ligne, la rétention de la langue française est une question de volonté. Les assimilés que j’ai connu ont perdu leur français à cause qu’ils n’en prenaient pas soin. Ce n’est pas l’environnement académique qui va empêcher ça, surtout pas sur un campus comme la Laurentienne où la francophonie est vibrante.

L’annonce au complet est extrêmement cynique et place la communauté dans une méchante position. Soit que l’on accepte ce qui nous est offert, mais ce n’est pas ce qu’on voulait, ou on le rejette et la province décide de laisser tout le dossier tomber. Il est aussi difficile de ne pas voir le tout comme un enjeu électoral, conçu pour faire embarquer les francophones sur le train Libéral. Si le gouvernement cherchait réellement à améliorer le sort de tous les francophones cherchant à étudier dans leur langue en province, on ne se lancerait pas dans cette initiative sans trouver une solution provinciale au problème d’accès à l’éducation et on s’assurait qu’elle soit entièrement « par et pour » les francophones, pas seulement ceux dans le centre et le sud-ouest. On n’aurait pas non plus attendu si longtemps pour tenter de faire de quoi, et ce seulement après que les partis d’opposition ont voués faire avancer le dossier, ni aurait-on refusé les maintes offres des institutions bilingues pour appuyer l’offre de cours dans la région. Ils n’auraient pas non plus gaspillés notre temps avec des discours, des excuses ou des monuments alors qu’on voulait et on veut toujours du concret. Il est difficile que croire que tout n’est pas dans le timing.

C’est clair que ce débat ne finira pas bientôt. On peut en discuter longtemps sur la prise de position de l’AEF la semaine dernière, mais au moins ils ont eu le courage de se prononcer et partir la discussion. Dans une communauté comme la nôtre où la critique peut rapidement être vu comme de la traîtrise, c’est louable. L’association représente ceux et celles qui ont des inquiétudes face au projet, comme nous devrions tous en avoir. Ça permet à ceux et celles qui ne sont pas d’accord avec le monolithe idéologique de sortir du placard. Les organismes communautaires porte-paroles, soit l’AFO, le RÉFO et la FESFO ont également exprimé leurs réserves. C’est rafraîchissant que ce genre de questionnement ait lieu. Il est clair que la seule personne qui semble embrasser l’idée à 100 pour cent c’est Marie-France Lalonde.

Personne ne croit que la situation actuelle est idéale. Personne ne veut perdre les progrès que nous avons déjà accomplis. Personne ne veut un autre Collège des Grands Lacs ou un Laurentienne-Barrie. Personne ne veut voir notre enjeu communautaire le plus important devenir un enjeu électoral du gouvernement Wynne. Personne ne devrait être satisfait par ce que nous offre la province, surtout pas à l’extérieur du GTA. Nous méritons mieux que ça. Assurons-nous que la solution offerte est pan-ontarienne. Assurons-nous que l’université franco-ontarienne dessert et répond aux besoins de toute la communauté. Assurons-nous que nos élus et nos porte-paroles nous demeurent redevables.

On préfère comme communauté à se reposer sur l’idée que n’importe quel pas en avant symbolise un progrès pour la communauté. Mais un pas vers l’avant n’est pas un accomplissement si tu finis par dégringoler les marches ou te pitcher en bas d’une falaise. La façon la plus prudente d’avancer serait donc de pousser l’évaluation des effets provinciaux de l’université. L’appui communautaire serait sans doute plus grand si on en avait une meilleure idée, au moins il y aurait moins d’incertitude, mais il semble que prendre son temps, même pour s’assurer que le projet avance comme du monde et ne tombe pas à l’eau, entraînant avec lui la communauté franco-ontarienne en son ensemble, c’est trop à en demander de notre gouvernement.

Bel essai, Madame Wynne, mais veuillez ressayer. Nous demandons plus que ça. Nous méritons plus que ça.

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