Les fachos débarquent en ville

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« Qu’est-ce qui va tellement mal dans ta vie que tu as tellement une haine et une peur envers l’autre? »

C’est une question que j’aimerais poser aux membres de notre communauté qui prennent le temps d’appuyer des causes nationalistes ethniques. Du moins, c’est ce que je leur demanderais si je serais capable de résister l’envie de leur donner un coup de poing au larynx. Comment font-ils pour héberger des sentiments pareils? C’est qui ce monde-là et que font-ils dans notre communauté?

Il ne faut pas aller chercher trop loin pour les trouver. Leurs idées et discours suppurent dans les sections à commentaires sur tous les sitewebs et réseaux sociaux, de Facebook et Twitter à la CBC et le Sudbury Star. Des commentaires qui semblent être bénins sur le coup, mais plus ils parlent, plus il devient évident que ce ne sont pas des simples cas de racisme accidentel. C’est flagrant à quel point leur idéologie est remplie de haine, que ces individus sont xénophobes, mais n’essaie pas de leur expliquer ça; ils ne comprendront pas. C’est comme essayer de s’argumenter avec un mûr de brique, un mûr sur lequel on a affiché un poster de Donald Trump, qui, à la Harry Potter, s’anime pour tout simplement hurler à tue-tête que les musulmans nous envahissent.

Malheureusement, ces personnes ne demeurent pas uniquement en ligne. Ils se faufilent parmi nous et chient sur le discours social, menaçant de nous entraîner tous vers le 19e siècle. Il existe quelques cas de groupes qui s’inscrivent dans cette ligne de pensée dans la communauté sudburoise.

Les Soldats d’Odin

Les Soldats d’Odin, ou Soldiers of Odin (SOO), sont un réseau international, originaire de la Finlande, d’organismes locaux qui est très évidemment anti-immigrants. Bien que le chapitre sudburois ait tenté à maintes reprises se distancier de l’extrémisme exhibé par les chapitres internationaux et ceux des provinces avoisinantes, bien des questions demeurent toujours sans réponse qui a de l’allure. Malgré le fait que le chapitre local ne veut plus s’associer aux autres groupes et ne se considère pas comme étant anti-immigrant, il tient énormément à partager un nom avec eux.

Ce qui est aussi préoccupant dans le cas des Soldats d’Odin c’est leur volontarisme communautaire. Dans le fond, ce n’est pas quelque chose de négatif, mais étant donné le contexte, leur bénévolat prend une connotation négative. Plusieurs groupes extrémistes dans le monde, surtout dans des endroits plutôt défavorisés, où il existe une assez grande inaptitude gouvernementale, cherchent à combler le manque de l’offre des services, non pour venir en aide aux citoyens, mais bien pour se normaliser et dans certains cas remplacer les organismes gouvernementaux dans l’offre des services de sorte que la population dépende sur eux et ne cherche plus à critiquer leurs discours. À Sudbury, les Soldats d’Odin ont été actifs dans la soupe populaire Blue Door Café, fréquentée par des gens vulnérables qui pourraient être susceptibles à leur message, et plusieurs personnes ont remarqué le travail qu’ils font dans la récolte d’aiguilles et autres objets reliés à la consommation de drogues illicites dans les parcs de la ville. La semaine dernière, alors que la Ville annonçait un financement accru pour les organismes de santé locaux afin qu’ils puissent traiter de plus de cas de déchets qui pourraient poser un danger, plusieurs individus en ligne ont remarqué que ce serait un gaspillage d’argent municipal puisque les Soldats le font déjà gratuitement. Il va sans dire que ce genre de réaction de la part de certains citoyens est troublante.

Génération identité

Si vous auriez remarqué des affiches plaquées un peu partout au centre-ville de Sudbury qui tentent de rallier les citoyens à défendre la culture et l’identité, on peut remercier les partisans du mouvement Génération identité. Bien que le mouvement est actif depuis des années en France et ailleurs en Europe, cet automne a marqué son arrivée sur la scène locale. Ce qui est évident c’est que c’est du straight-up racisme. Point final. La culture dominante n’est aucunement à risque de l’immigration. Mais pour le montant de temps que leur site web et leurs matériels promotionnels passent à s’attaquer à l’immigration, à utiliser des termes chargés pour décrire les individus racialisés et à parler de la menace que posent les non blancs et les minorités visibles au tissu de la société canadienne, ils s’assurent de dire qu’ils ne sont ni anti-immigrants ni racistes. Ils veulent tout simplement protéger leur culture…de la menace externe. Ils n’ont même pas la courtoisie ou le courage d’affirmer pleinement leurs croyances. Leur structure et leur membriété sont aussi secrètes, comme si les gens qui œuvrent au nom de l’organisme le savent qu’il y a quelque chose de travers avec ce qu’ils disent.

Le pretzel idéologique dans lequel ces gens se sont tordus ne peut être défait par la raison ou la discussion.

Alors que la grande majorité des personnes voient que le genre de mouvement incarné par les Soldats d’Odin et Génération identité et sa présence chez nous pose problème, certains sont convaincus que c’est une réaction exagérée à un problème non existant, du politiquement correct à la dérive et même des complots et des conspirations faites par des groupes de l’extrême gauche. Dans une société ouverte et démocratique, fondée sur les droits humains et la liberté d’expression, s’attaquer à ce genre de discours est difficile, puisqu’on peut le percevoir comme une tentative de limiter la liberté d’expression de ces groupes. En discuter pose également le risque de donner plus de publicité pour leur message. Mais on ne peut se permettre de rien y faire et de donner champ libre aux groupes extrémistes.

Ces membres de notre communauté se sont convaincus que leur peur irrationnelle de l’Autre n’est pas du racisme. Ils sont dans nos bureaux, dans nos salles de classe, dans nos organismes et dans notre cercle familial et d’amis. La personne humaniste et optimiste en moi voudrait vous implorer de tenter de raisonner avec ces gens et de les éduquer, mais j’ai peur qu’il ne soit pas possible. Le pretzel idéologique dans lequel ces gens se sont tordus ne peut être défait par la raison ou la discussion. Ils exhibent une déficience flagrante d’empathie envers des gens qui ne les ressemblent pas. Exciser ce genre de pensée du mainstream et mettre au clair en tant que communauté que ce n’est pas la bienvenue chez nous est la seule façon de faire de quoi. Parce que tant et autant que cet aspect toxique de notre communauté n’est pas adressé et amputé, il continuera de suppurer et de nous ravager les tripes, jusqu’à ce que la gangrène s’installe et nous dévore.

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