Critique par Inès Bagaoui-Fradette

Si l’on se promène sur le campus de l’Université Laurentienne, on peut remarquer
l’abondance de personnes en train de boire quelque chose du Starbucks ou du Tim
Hortons. La pièce Starshit, qui a été présentée au Théâtre du Nouvel-Ontario ici à
Sudbury du 19 au 21 octobre, cible justement ce phénomène qu’on peut voir partout à
travers le monde. Coproduite par le Théâtre du Tandem et le Théâtre en Quec’Part, il
s’agit d’un satyre des grandes multinationales et du quasi-patriotisme que les employés et
les clients ressentent par rapport à celles-ci.

On se retrouve plongés dans l’univers d’une succursale Starshit de Montréal lorsque
celle-ci remporte le concours international des meilleurs magasins Starshit. On suit
l’histoire de quatre employés modèles qui semblent avoir une véritable passion pour leur
emploi. La tension augmente lorsqu’une compétition entre employés se présente, pour
finalement atteindre son sommet vers la toute fin de l’histoire.

De plus, bien qu’il y ait une série de péripéties et de moments surprenants, ce qui fait la
beauté de l’histoire est plutôt que chaque phrase a été bien pensée et placée au bon
moment. Le public ne peut s’empêcher de rire tout au long de la pièce. Les blagues sont
bien construites et incroyablement rapides, et les spectateurs rient encore à la dernière
réplique lorsqu’ils entendent la prochaine.

Les spectateurs peuvent voir des éléments sous-jacents de critiques de notre société ou de
régimes totalitaires. Le PDG de Starshit est d’ailleurs représenté comme une figure
presqu’au niveau d’un dieu. Il y a même un village Starshit, avec des condos et toutes
sortes d’attractions luxueuses.

Le jeu des comédiens est fort et impressionnant, tant lors des moments humoristiques que
plus émotionnels. Les rôles, interprétés par Karine Berthelot, Jonathan Caron, Julie
Renault et Martine Pype-Rondeau, sont caricaturaux tout en demeurant originaux. Leurs
performances sont appuyées par un décor simple mais imposant ainsi qu’une trame
sonore récurrente qui nous rappelle des annonces publicitaires typiques.

Starshit est une pièce parfaite pour les amoureux de toutes sortes de genres de théâtre,
avec son humour frappant et sa critique du capitalisme moderne. Elle est à ne pas
manquer si l’opportunité se présente.

 

 

Critique par Isaac Robitaille

Le théâtre a une longue tradition de tenter par toutes façons d’être accessible à tous, allant de Stanislavski, qui eût créé le théâtre populaire de Moscou, à Boal, qui tentait d’inviter les spectateurs à participer activement au spectacle. Et cela va de soi lorsque l’on considère que le bût du théâtre est de dépeindre l’humanité et de la représenter afin de provoquer un changement, que ce soit une émotion, une réflexion profonde ou même une évolution de notre perception. Il est donc impératif que le théâtre ne devienne pas élitiste, ce qui diluerait sa puissance et compromettrait son existence. Mais cette obsession sur la nécessité constante de remplir les sièges et les salles de spectacles peut-elle nuire à la qualité de l’art?

Starshit est une coproduction du Théâtre du Tandem et du Théâtre en Quec’Part écrit par Jonathan Caron et Julie Renault, mis en scène par Luc Bourgeois et interprété par les deux auteurs ainsi que Karine Berthelot et Martine Pype-Rondeau. Il s’agit d’une comédie de choeur incroyablement rapide qui se présente comme étant une satyre des entreprises multinationales, plus particulièrement du dévouement corporatif des employés qui y travaillent. L’histoire est relativement simple: la chaîne de café éponyme organise annuellement un concours cherchant à voir laquelle de ses succursales peut obtenir le plus grand chiffre d’affaires proportionnellement à leur nombre de clients, les gagnants recevant la visite du grand patron Alexandre McCarthy. Dans ce scénario, nous suivons les péripéties du Starshit gagnant et de ses employés alors que l’illusion de coopération et de productivité qui leur avait permis de gagner le concours s’évapore dès qu’ils apprennent que seul l’un d’entre-eux pourra prendre la photo officelle avec leur idole.

Starshit est ultimement un spectacle qui tente de se moquer de la superficialité des entreprises du genre de Starbucks et Wal-Mart par ses caricatures, nous donnant des personnages clownesques pratiquement sans profondeur qui servent à montrer l’influence presque fanatique de ces milieux. Et franchement, je dois admettre que le jeux des comédiens était solide. Ils étaient non seulement capables d’êtres attachants et drôles, mais en plus, de le faire à un rythme effréné, et ce, sans jamais manquer leur tempo. De plus, ils ont dévoilé durant la causerie du vendredi soir qu’ils se sont établis un genre de filet de secours qui leur permettait de récupérer les lignes manquées si jamais il y avait un oubli. Il n’y a franchement pas beaucoup de textes dans lesquels ce genre d’uniformité et de stabilité entre les représentations est même possible, et j’applaudis les auteurs et les comédiens d’avoir réussi cela.

Par contre, l’intrigue de la pièce est phénoménalement faible. Une histoire de jalousie et de compétition dans un établissement de fast-food n’a rien d’original, les caricatures ont déjà été faites des centaines de fois, et le dénouement est si futile qu’il dévalue pratiquement l’entièreté du spectacle. Les blagues sont beaucoup trop faciles et beaucoup d’entres-elles sont entièrement dépendantes de l’effet de choc. Et oui, voir l’industrie ridiculisée sur scène est probablement cathartique pour ceux qui y travaillent, mais sans les comédiens, ce spectacle n’aurait aucunement tenu.

Par contre, le spectacle a été très bien reçu par les spectateurs. Le rire dans la salle était constant, et ce, malgré les longueurs. Et même si les blagues étaient faciles, elles étaient néanmoins efficaces. Par contre, pour illustrer la faiblesse satyrique de la pièce, il ne faut même pas regarder plus loin que le titre: Starshit. Si l’on va dans le domaine des jeux de mots ou de la sonorité, Starfuck aurait bien mieux fonctionné. Mais Starshit est moins provocateur; il ne tente pas vraiment de dénoncer les pratiques de ces compagnies, mais plutôt essaie d’être satirique tout en étant inoffensif, au risque d’en devenir bénin. Et cela permet de rejoindre plus de gens, particulièrement ceux qui ne seraient peut-être pas confortables avec un spectacle plus lourd qui accuse les multinationales de tous les maux et cherche activement à les combattre.

Malheureusement, cette accessibilité vient avec un coût: Starshit devient un spectacle qui n’a pas grande raison d’être vu qu’il ne cherche pas à régler un problème ou à évoquer notre humanité. Il ne cherche qu’à faire rire. Personnellement, j’ai un problème avec tout spectacle d’une heure et demie qui n’accomplit pas plus qu’un vidéo internet de trois minutes. Il faut le voir comme étant un genre de fast-food artistique. C’est un spectacle qui ne cherche pas à changer le monde ou à nous apprendre quoi que ce soit au sujet de la condition humaine. C’est tout simplement une forme de divertissement; un sitcom scénique. Je n’ai pas particulièrement apprécié Starshit, mais c’est un spectacle idéal pour ceux qui veulent aller voir une pièce légère avec des amis et simplement passer une heure agréable à rigoler de l’absurdité du monde du travail.

 

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