Et maintenant?

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Mardi dernier, lors d’un moment historique, le Premier ministre Trudeau, suivi des autres chefs de partis dans la Chambre des communes, s’est excusé auprès de la communauté LGBTQ2E* pour la discrimination historique qu’elle a subie en raison de politiques gouvernementales. Trudeau a laissé tomber des larmes, tout le monde a applaudi. C’était vraiment un beau moment à voir, et un moment que plusieurs attendent depuis des décennies. Le discours fut accompagné de l’annonce d’un fonds de compensation réservé aux anciens fonctionnaires qui avaient été congédiés en raison de leur orientation sexuelle.

Et maintenant?

Dans les dernières années, les Canadiens ont été spectateurs de maintes excuses publiques de la part de leurs élus et de leurs gouvernements. Ce n’est pas pour dire qu’elles sont mauvaises. En fait, une excuse est le premier pas vers quelque sorte de réparation ou de changement; sans que le gouvernement admette que ses politiques avaient été injustes envers la communauté queer, il ne peut pas prendre un prochain pas et tenter de rectifier la situation. Mais c’est ce prochain pas qui pose problème. Alors qu’avec son excuse le gouvernement tente de guérir les plaies sociales qu’il a ouvertes par le passé, il continue à en créer d’autres. L’excuse doit passer à l’action et une reconnaissance des malheurs du passé ne peut réellement avoir lieu sans empêcher des injustices à l’avenir.

Depuis le temps de la persécution des fonctionnaires queer, la société a clairement fait du progrès dans son traitement de la communauté. D’ailleurs, depuis son entrée en politique, Justin Trudeau s’est présenté comme étant un allié de la communauté. À ce jour, il y a peu de place au doute par rapport à ce fait. Il fut le premier Premier ministre à prendre part à une marche Fierté, chose qu’il a fait à Toronto en 2016, accompagné également des chefs des autres partis fédéraux. La communauté avait une place importante dans sa plateforme électorale et son gouvernement a voulu protéger davantage les personnes transgenres dès qu’il prit le pouvoir. Déjà qu’avoir un Premier ministre qui embrasse une communauté marginalisée à bras ouverts est sans précédent au pays, c’est encore plus admirable lorsqu’il est comparé à ce qu’on pourrait avoir à sa place. Mais le progrès dans l’attitude sociale n’a pas éliminé tous les barrières et obstacles.

On intimide toujours les jeunes queer à l’école et on les harcèle dans la rue. Les jeunes ont toujours peur d’exprimer qui ils sont à leurs parents, certains décidant toujours de renier à leurs enfants. Les jeunes queer composent toujours une trop grande proportion du nombre de jeunes qui sont sans logis. Les personnes transgenres sont moquées ouvertement comme étant malades mentaux et sont encore plus à risque d’êtres harcelées et/ou de se suicider. Sur le plan gouvernemental, les hommes qui couchent avec d’autres hommes ne sont pas capables de donner du sang, sans attendre une période d’abstinence d’un an et ne peuvent faire le don d’organes en raison d’un règlement basé sur la discrimination, un règlement que Trudeau avait promis serait éliminé s’il était élu. Ceux-ci sont de réels problèmes, qui persistent toujours et qui demandent de l’action concrète.

Les excuses dans la Chambre des communes furent puissantes. Ce fut un moment touchant et important dans l’histoire de notre pays et dans la vie des gens qui ont été affectés. Mais ne laissons pas ce moment devenir un simple cas de PR. Le problème n’est pas réglé. Des gens souffrent toujours. Il est important, maintenant, de prendre le sentiment public que ce discours a fomenté, de s’organiser et de mettre de la pression sur les élus.

Prendre part à une marche Pride est facile, Monsieur Trudeau, mais c’est l’action qui changera de quoi. Lâche pas la patate arc-en-ciel.

 

*LGBTQ2E : Lesbienne-gai-bisexuel-transgenre-queer-deux esprits. Alors que je préfère employer le terme « queer », comme je le fais ailleurs dans le texte, le gouvernement s’est servi de cet acronyme précis. Quel terme employer suscite un débat au sein de la communauté.

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