Un renouveau au TNO : Entretien avec Marie-Pierre Proulx

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Le soir de l’Halloween, alors que la débauche et la bacchanale se déferlaient dans les rues du centre-ville, j’ai rencontré Marie-Pierre Proulx, la nouvelle directrice artistique du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO), à la Fromagerie Elgin. Autour d’un pot de rooibos à la vanille, nous avons discuté de son parcours, de ses nouvelles fonctions, de la place du TNO sur la scène sudburoise et de la Place des arts. Ce qui suit est une version abrégée de notre discussion.

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L’Orignal déchaîné : Pour ceux qui ne te connaissent pas encore, pourrais-tu nous expliquer un peu qui tu es, ton parcours?

Marie-Pierre Proulx : J’arrive d’Ottawa, où j’ai passé une douzaine d’années. J’ai complété mon bac et ma maîtrise en théâtre à l’Université d’Ottawa. Mon travail de maîtrise se portait sur le travail d’adaptation de la poésie de Patrice Desbiens à la scène. J’ai travaillé pendant 6 ou 7 ans au Théâtre de la Vieille 17. Vu que j’étais à temps partiel, j’ai pu également avoir une carrière d’artiste pigiste. Je suis originaire de Hearst, donc j’ai passé quand même quelques années dans le nord de l’Ontario avant de déménager vers Ottawa. Puis je suis partie de la maison en me disant que j’allais étudier pendant quatre ans puis que j’allais revenir chez nous. J’étais vraiment attachée à ma communauté puis, veut veut pas, quand j’ai commencé à travailler en théâtre là-bas, la possibilité de revenir dans le Nord me paraissait moins plausible. Quand j’ai vu le poste d’affiché pour Sudbury, j’me suis mis à vraiment y réfléchir sérieusement parce que le travail de direction artistique c’était quelque chose que je trouvais intéressant, dans lequel je me voyais, parce que je pouvais mettre à l’oeuvre tous mes intérêts et mes expériences acquises.  Il y avait aussi certainement un peu ce désir-là de me rapprocher de la maison, puis Sudbury c’est un genre de pas vers le retour vers le Nord. Puis c’est fou à quel point je me sens chez moi ici, même à six heures de route de Hearst. Il y a la communauté francophone du Nord qui est tissé serrée, malgré les kilomètres qui séparent les villes. Il y a quelque chose dans l’air à Sudbury qui fait que je me sens chez nous.

OD : Comment ce sont passées tes premières semaines dans ton nouveau poste?

L’entrée principale du Théâtre du Nouvel-Ontario (TNO), qui se retrouve en ce moment sur les lieux du Collège Boréal

MPP : Ça se passe bien! J’me sens super stimulée par le travail; je suis allée à la rencontre de plein de gens, dont l’équipe du TNO où on apprend encore à se connaître de plus en plus, mais on commence déjà à avoir une bonne complicité. J’apprends encore, j’ai l’impression que ça prendra encore un peu de temps avant, puis c’est clair qu’il y a plein de choses qui ce sont passées depuis mon arrivée, avec le départ de Paulette [Gagnon], puis tout ça. Ça a été un mois très émotif, mais qui avant tout me stimule beaucoup puis qui me donne envie de m’investir pleinement dans mon travail puis dans la communauté et y apporter quelque chose.

OD : Puis, avant tout, que voudrais-tu redonner à cette communauté-là?

MPP : C’est sûr que je veux continuer à apporter ce que le TNO a toujours apporté, des pièces de théâtre, des créations franco-ontariennes. Mais après ça, ce que je sens c’est qu’il y a des artistes qui vivent ici qui ont l’envie, le besoin de se rassembler, de se trouver des occasions de partage et de création qui pourraient prendre d’autres formes que la production annuelle du TNO. J’ai envie de voir comment le TNO, puis moi-même comme individu, peut participer à créer ces endroits-là. Il y a la relève, comme les finissants du Programme de théâtre, puis des artistes d’autres disciplines et je pense que ça va être très intéressant de voir comment on peut tous travailler ensemble. Je me rends compte que oui, il y a le théâtre, des endroits où on s’assoit dans une salle de spectacle pendant une heure et demie, deux heures, donc ce genre de cadre de représentation. Mais je pense qu’on est dans un moment où ce que ça pourrait tellement être autre chose et j’ai envie d’explorer différentes formes de théâtre. Puis, après ça, j’arrive avec mon bagage d’auteure et de scénographe puis j’ai envie de contribuer avec ça, de m’ajouter à ce bassin de créateurs et de trippeux d’arts qui ont l’envie de collaborer sur des projets, comme la Place des arts.

OD : Évidemment la saison actuelle c’est la dernière qui a été programmée par Geneviève Pineault [l’ancienne directrice artistique]. Est-ce que tu pourrais nous donner une petite idée de ce qui s’en vient pour ta première saison?

MPP : [rire] Bien, écoute, il y a des choses que je ne peux pas dire encore, parce qu’elles ne sont pas officielles. Il y aura un lancement, comme toujours, autour du mois de mai. Mais pour la programmation, en général, on reste dans la même ampleur. C’est-à-dire qu’on aura trois spectacles pour les petits, trois spectacles pour adultes qu’on va accueillir, en plus la création du TNO. Mais c’est encore trop tôt pour que je vous révèle quoi que ce soit. En ce moment je suis en discussion avec des artistes qui vont potentiellement participer au projet, puis on est vraiment dans les premiers balbutiements de concrétiser ma première création au TNO.

OD : Tu dois être excitée?!

MPP : Oui! Je suis très excitée. [rire] Chu pas fine, hein? Je te donne pas de scoops.

OD : Bein, c’est correct, j’m’attendais pas à des scoops, mais ça valait la peine d’essayer! Maintenant, dans les derniers mois, on assiste à une sorte de crise du côté du théâtre anglophone en ville, avec les problèmes financiers du Sudbury Theatre Centre et de Theatre Cambiran. Quelles sont tes pensées par rapport à ça, et est-ce que le TNO va bien?

Façade du Sudbury Theatre Centre (STC)

MPP : C’est sûr qu’on a suivi ça de près et je ne peux pas vraiment dire autre chose que c’est malheureux la position dans laquelle le STC et Theatre Cambrian se trouvent. Je pense qu’il faut laisser les gens qui sont là le temps de présenter un plan puis de se positionner. J’ai l’impression que le milieu a besoin de voir quels sont les moyens qui vont permettre au STC, qui est une institution qui ne peut pas disparaître, de reprendre son envol. De notre côté, ça va bien. Du côté financier, ça va bien, du côté des ressources humaines aussi. On fait ce qu’il faut pour garder ça en santé.

OD : Je me souviens quand on faisait la couverture médiatique de la situation, on parlait souvent des grands théâtres en ville, mais on ne parlait pas du TNO.

MPP : Ah, c’est intéressant. Le grand oublié!

OD : C’est ça. Mais quand même, on est francophones, en milieu minoritaire, donc ce n’est pas comme si on n’est pas habitués.

MPP : C’est drôle, mais dernièrement je mets mes choses en ordre, genre les assurances de maison puis mes affaires personnelles comme nouvelle Sudburoise. Puis on me demande souvent ce que je fais dans la vie. Je finis par expliquer à beaucoup de gens anglophones c’est quoi le TNO. On se rend compte qu’on fait beaucoup de travail dans ce sens-là, mais c’est difficile parfois d’aller sensibiliser la population anglophone à notre présence puis qu’est-ce qu’on fait. Évidemment, on en attire quelques-uns, avec nos surtitres par exemple. Mais c’est un travail continu.

OD : Que penses-tu être la place du TNO dans le paysage culturel sudburois, anglophone comme francophone?

MPP : J’ai l’impression que le TNO a une place importante par rapport à la création contemporaine. On en parle, dans les échanges que j’ai avec des artistes anglophones, et avec les spectateurs, on note la spécificité des spectacles qui sont présentés au TNO et la différence avec les spectacles peut-être plus réalistes et conventionnels qu’on présente ailleurs. On a peu le mandat de présenter des formes nouvelles puis de démontrer ce qui se fait ici et ailleurs dans le monde contemporain. Bien sûr, le TNO est une compagnie qui est au service de son milieu. Il y a des compagnies de théâtre où la direction artistique est là pour effectuer sa vision et sa démarche, mais au TNO on est redevables à la communauté dans laquelle on oeuvre depuis les années 70s. On est là pour animer la communauté par nos spectacles, bien sûr, mais aussi par nos initiatives en marge de notre programmation.

OD : Évidemment, le TNO va faire partie du projet de la Place des arts et t’arrives en plein milieu du processus. Pourrais-tu nous dire ce que ce projet représente pour toi?

Dessin préliminaire de la Place des arts conçu par l’Atelier Pierre Thibault

MPP : Bien le projet est entre bonnes mains. Les gens qui s’en occupent veulent s’assurer de respecter et de continuer le travail de Paulette [Gagnon]. Je pense que c’est un projet qui est tellement beau parce qu’il repose sur le désir de rassembler tout un milieu. Dans les réunions, il y a un climat de partage, de rencontre, de convivialité et de collégialité entre ces organismes qui œuvrent dans différents domaines du secteur des arts. C’est donner enfin un pignon sur rue au TNO qui a toujours été un peu à l’extérieur à cause de son emplacement à l’extérieur du centre-ville. C’est une occasion pour le TNO de vivre au centre-ville et de tenter de le raviver, ce que plein de gens tentent de faire en ce moment. C’est surtout l’idée du partage pour faire vivre un rêve qui a été porté par beaucoup de gens puis pendant longtemps. Le projet avance très très bien puis j’ai hâte de pouvoir concrètement m’investir. D’ailleurs, ça arrive rapidement!

OD : C’est clair qu’il y a beaucoup de travail qui a été fait jusqu’à date, mais c’est comme si c’est maintenant que le vrai travail commence.

MPP : C’est ça, c’est qu’il va devenir concret sous peu, pour les organismes et pour la communauté qui va pouvoir le voir prendre forme. On est prêt, chu prête. J’va mettre mes bottes s’il faut!

OD : Finalement, aimerais-tu nous plugger ce qui se passe au TNO prochainement?

MPP : Certainement! On a un méchant gros mois de novembre. On accueille sous peu, le 11 novembre, Le coeur en hiver, un spectacle pour les 7 ans et plus. C’est une version du conte d’Andersen La reine des neiges présentée par une compagnie de théâtre de marionnettes reconnue dans le monde. La semaine suivante, c’est notre concert-bénéfice annuel, mettant en vedette cette année Andréa Lindsay, qui vient de remporter au Gala de l’ADISQ le Félix pour l’album de l’année. C’est une soirée jazz et martini, un peu plus chic. Après, c’est le spectacle Fucking Carl qu’on accueille. C’est un spectacle pour les adultes…

OD : On est certain que ce n’est pas pour les bouts de choux?

MPP : [rire] Non, certainement pas! Je suis bien excitée. Ce sont des comédiens d’Ottawa, des amis à moi. J’ai hâte de permettre au public de Sudbury de les découvrir. C’est un spectacle qui a l’air d’une grosse comédie sale, puis ce l’est, mais c’est plus que ça. Il y a un vraiment beau message. Ça va être notre dernier spectacle de l’automne, puis on va se revoir en janvier avec le spectacle communautaire, Mambo Italiano. Donc, c’est un mois de novembre très occupé, mais nous avons hâte!

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Le pot de thé épuisé, nous mettions fin à notre entretien. C’est clair que les choses vont brasser au TNO! Afin d’obtenir plus de détails sur la programmation du TNO, veuillez consulter son site web ici. Si vous voulez faire un don à la Place des arts, ou pour en apprendre plus sur le projet, vous pouvez le faire ici.

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