« F**king Carl » au TNO : Deux perspectives

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Critique par Inès Bagaoui-Fradette

Le Théâtre du Nouvel-Ontario continue son élancée avec sa dernière pièce, F**king Carl, qui est comme une bouffée d’air frais dans le monde théâtral. Elle remet en question les valeurs et les stéréotypes de la société tout en gardant un ton humoristique constant. Les personnages principaux, Jess et Jay sont interprétés respectivement par Louis-Philippe Roy et Caroline Yergeau, qui ont également écrit le texte. La pièce est une production du Théâtre du Trillium, basé à Ottawa.

La pièce met en scène un couple qui se retrouve à une agence d’adoption, et le public devient les agents d’adoption. Jay et Jess procèdent à faire le récit de leur histoire d’amour et à tenter d’expliquer pourquoi ils seraient de bons candidats pour adopter un enfant. On reconnait le langage corsé et les expressions fourchues qui dominent nos paroles de tous les jours, ce qui rend les personnages tellement réalistes que l’on a l’impression qu’ils pourraient être nos amis et nos voisins.

Le talent des acteurs est indéniable, et ils réussissent incroyablement bien le renversement de sexes entre les acteurs et les personnages. Tandis que cela est parfois plus difficile et sensible à accomplir avec succès, les comédiens relèvent le défi de façon naturelle.

De plus, les répliques rapides et constantes ainsi que la courte durée de la pièce nous laissent satisfaits, mais avec une envie d’en voir plus. La fin est surprenante, mais sans être précédée d’une suite de péripéties complexes.

Donc, F**king Carl confronte les idées traditionnelles de notre société qui laissent souvent croire que la normalité est l’idéal. Les personnages n’ont pas des familles typiques et ont eu leur lot d’expériences difficiles. Ces obstacles ne les empêchent toutefois pas de s’épanouir, malgré le jugement probable de la société.

Marie-Pierre Proulx, Directrice artistique du TNO et Madame en charge du comité d’adoption, annonce à Jessika et Jay que leur demande a été approuvée à 95%.

Critique par Isaac Robitaille

F**king carl est une pièce de théâtre écrite et interprétée par Caroline Yergeau et Louis-Philippe Roy avec une mise en scène de Kevin Orr. Il s’agit d’une comédie où deux personnages stéréotypés « white-trash », Jessika et Jay, tentent de convaincre un comité d’adoption (représenté par les spectateurs) qu’ils forment un couple idéal pour adopter un enfant. Ce faisant, ils tentent maladroitement de recréer les moments importants de leur vie de couple afin d’expliquer comment ils sont arrivés où ils sont.

Tout d’abord, il faut célébrer le niveau du jeu. Celui-ci était constant à travers tout le spectacle et permettait un assez bon rythme. De plus, dans la causerie après le spectacle, les deux auteurs/comédiens étaient hyper sympathiques et je leur souhaite de continuer à faire du théâtre car il est clair que les deux s’amusaient réellement sur scène et qu’ils sont vraiment talentueux.

Par contre, il y a des problèmes avec le texte qui m’empêchent de complètement apprécier leur travail. Tout d’abord, l’intrigue ne fonctionne pas. Au théâtre, pour qu’il ait une tension quelconque, il faut un enjeu ou un conflit. Par contre, dans F**king carl, tout est raconté en rétrospective, avec une multitude de détours et d’anecdotes inutiles, ce qui amenuise l’impact de toute scène qui essaie de quelconque manière d’être dramatique puisque l’on sait déjà qu’ils s’en sont sortis.

De plus, la comédie est un peu faible. Comme mentionné plus haut, c’est une comédie-choc qui n’essaie pas d’offenser qui que ce soit. Par conséquent, à peu près tout l’humour vient de la juxtaposition entre les attentes du « comité d’adoption » et le langage vulgaire des protagonistes. À cause de cela, la blague devient assez répétitive plutôt rapidement. Je vais leur accorder que, de temps à autre, ils ont une bonne ligne ou un juron plutôt créatif. Malheureusement, c’est un genre d’humour qui semble davantage du calibre d’un match d’improvisation qu’à celui d’un spectacle en production depuis environ 4 ans.

Malgré tout cela, les spectateurs ont vraiment beaucoup apprécié le spectacle. Les rires étaient constants dans la salle. Certains ont même défendu l’intrigue en expliquant que la trame narrative permet d’illustrer que ces deux personnages essaient vraiment de toutes leurs forces de prouver qu’ils peuvent transmettre leur amour à un enfant malgré leur vocabulaire limité. Bien que je comprenne cela et que j’ai vraiment envie que ces créateurs continuent à écrire et produire du théâtre, je crois que cette pièce-ci a fait un choix artistique difficile à défendre et que cela fait souffrir le spectacle plus qu’autre chose.

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