« Mambo Italiano » au TNO : Deux perspectives

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Critique d’Isaac Robitaille

Historiquement, les médias occidentaux ont eu beaucoup de difficulté à bien représenter certaines minorités. Plusieurs de celles qui ont le plus souffert font partie de la communauté LGBTQ+. Après tout, Hollywood avait périodiquement effacé, villifé ou martyrisé la communauté homosexuelle, et ce de la Grande Dépression jusqu’aux années 90s. Et c’est à cause de cela qu’il est important d’observer les progrès qui ont été faits dans la représentation de l’homosexualité dans les médias et comment cela est bénéfique à notre progrès comme civilisation.

Mambo Italiano est une pièce écrite par Steve Gallucio, traduite par Michel Tremblay et mise en scène par Ryan Demers pour la 38e pièce communautaire du TNO. C’est un spectacle à propos d’Angelo Barbieri (Alex Tétreault), un auteur homosexuel venant d’une famille italienne, qui décide de sortir du placard et d’admettre son orientation sexuelle à ses parents (Francine Gaudette et Daniel Robillard). Cela ne plait pas à son amant, Nino Paventi (Joël Giroux) qui craint que les parents d’Angelo ne le dévoilent à sa mère (Lyne Robitaille) et qui décide de fréquenter Pina Lunetti (Sarah-Lynne Boucher), la gérante d’une compagnie de construction, afin de cacher son homosexualité. Angelo a aussi comme conseillers sa sœur névrosée Anna (Gabrielle Lemieux) et Angela (Sophie Ducharme), une représentation de son côté féminin.

Angelo (Alex Tétreault) et Angela (Sophie Ducharme)

En général, le jeu était assez solide de la part des comédiens. Alex Tétreault et Sophie Ducharme sont particulièrement convaincants dans leurs rôles et maintiennent une dynamique intéressante et réaliste en tout temps. De plus, bien que Joël soit un anti-casting dans le personnage de Nino, c’est un défi qu’il relève avec brio. Par contre, le jeu n’était pas sans problèmes. Durant la première moitié du spectacle, les comédiens semblaient un peu épuisés et à cause de cela, le rythme et l’intensité du spectacle en souffraient. De plus, l’articulation n’était pas toujours exacte et plusieurs lignes de dialogues furent perdues à cause de mauvaises prononciations, particulièrement les bouts en italien.

Malgré cela, le spectacle fut en somme très amusant et périodiquement touchant. La production était esthétiquement plaisante, le texte est simultanément émouvant et hilarant et bien que c’était une pièce communautaire, il ne faut pas confondre cela avec une pièce amateure. Je crois qu’il est important de considérer à quel point l’homosexualité était ostracisée dans les arts quand cette pièce a été écrite afin de vraiment apprécier jusqu’où nous avons progressé. Ce n’est pas seulement une pièce au sujet de l’homosexualité: c’est une pièce à propos de l’acceptation de celle-ci, de la fierté et de l’amour en famille, peu importe les circonstances.

 

Les comédiens et metteur en scène avant la première. En avant, de gauche à droite : Alex Tétreault, Sarah-Lynn Boucher, Sophie Ducharme, Lyne Robitaille et Gabrielle Lemieux. En arrière : Joël Giroux, Ryan Demers, Daniel Robillard et Francine Gaudette.

 

Critique de Chloé Thériault

Du 25 janvier au 3 février dernier, le Théâtre du Nouvel-Ontario offrait sa 38e production communautaire intitulée Mambo Italiano. Une pièce écrite par Steve Galluccio et traduite en français par Michel Tremblay, elle fut mise en scène par nul autre que Ryan Demers et mettait en vedette des comédiens amateurs de la région.

La famille Barbieri à l’heure du souper. Photo prise lors d’une répétition.

Pour raconter l’histoire de la sortie du placard d’Angelo, Ryan nous a peint un portrait de l’homosexualité de façon non caricaturale et pleine de vérité, ce qui était très rafraîchissant. Parmi les comédiens, il y avait une belle variété entre les comédiens qu’on a déjà vus sur les planches du TNO (Daniel Robillard), des comédiens rendus professionnels qui ont terminé leur formation en théâtre (Sophie Ducharme, Joël Giroux et Alex Tétreault) et des comédiens qui jouaient pour la toute première fois (Sarah-Lynne Boucher, Francine Gaudette, Gabrielle Lemieux et Lyne Robitaille.) Le métissage de cette variété d’expérience articule peut-être le charme que donne la production communautaire annuelle du TNO.

L’univers d’Angelo Barbieri (Alex Tétreault) et son amant Nino Paventi (Joël Giroux) était crédible grâce au jeu des deux comédiens. Un coup de cœur va à la grande Sophie Ducharme qui interprétait le rôle d’Angela, le côté féminin flamboyant d’Angelo, pour son jeu explosif et coquin. Le décor de ce spectacle était impeccable. L’essentiel de chaque maison, lieu et atmosphère était regroupé en partie ensemble sur la scène ce qui ne nécessitait aucun changement de décor et donc aucun décrochage de l’histoire qui se passait. La trame sonore modeste transportait le spectateur dans le feeling du quartier italien de Montréal, tout en guidant le sentiment de l’action. Le retour à l’essentiel et la précision a bien été réalisé.

En avouant qu’à certaines occasions il y avait des petits décrochages ou des bouts de textes inarticulés (c’est du communautaire, après tout!), il est clair comme de l’eau de roche que les comédiens s’amusaient tout autant que les spectateurs. Mambo Italiano était une pièce sympathique, mais tout aussi sombre, qui fait réfléchir au sujet de l’homosexualité, la famille et la société.

Chapeau à toute l’équipe!

 

Chloé et Isaac étudient tous les deux au Programme de théâtre de l’Université Laurentienne.

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