Twitter/taGueule! (@tagueuleca)
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Une discussion sans intérêt qui incluait les acteurs politiques typiques. Voilà à ce que la communauté franco-ontarienne a eu droit hier soir sur les ondes de Radio-Canada. Alors qu’on nous promettait un Grand Débat sur l’Université de l’Ontario français, on nous a offert une session de masturbation intellectuelle de groupe célébrant la mission comme fait accompli. Le tout se faisait alors que les demandes, les inquiétudes et les questionnements des gens ailleurs en province et à l’extérieur de la ville reine continuent d’être ignorés et que leurs supposés représentants appuient un projet qui risque empirer la situation déjà précaire dans laquelle ils se trouvent.

On doit dire que le format de l’émission n’avait pas aidé. Un tiers du temps a été dépensé à rêver à l’université idéale. Il est inutile de jouer dans l’imaginaire, de discuter de ce qu’une université aurait l’air dans le meilleur des mondes parce que ce n’est pas celle-là qu’on va avoir. Pourquoi perdons-nous notre temps à « débattre » quelque chose qui n’est pas du tout ce qui nous est présenté? C’est un exercice futile. Oui, rêvons, mais oublions l’utopie. Nous devons nous poser de réelles questions sur la façon que cette institution affectera les jeunes francophones ailleurs en province et nous n’avons pas encore eu cette discussion. Oui, il faut combler le manque qui existe dans la région, mais pas au détriment des autres. On ne connait même pas comment cette université affectera le restant de la province parce que cette étude n’a aucunement été faite.

On a beau nous répéter que « Nous entendons les inquiétudes du Nord et nous ne voulons pas que cette institution ne les pénalise, » mais on n’explique jamais comment on va s’assurer de ça. De façon concrète, comment allons-nous empêcher que cette université cannibalise les effectifs, les programmes et le financement provincial déjà pitoyable qui est offert aux autres universités, que l’exode des jeunes francophones du Nord s’accélère ou que l’éducation universitaire en français deviennent encore moins accessible pour eux? Parce c’est ce qui va se passer si on continue sur cette trajectoire et ce sont des questions auxquelles on ne semble pas voulant de s’attaquer.

Je suis tanné de devoir poser les mêmes questions, soulever les mêmes inquiétudes, ad nauseam, sans que celles-ci ne soient adressées ou réellement débattues par les organismes et les élus qui se disent nos porte-paroles. On ne nous prend jamais au sérieux. On reçoit des réactions comme « Je comprends, mais… » ou « Ce n’est pas le temps de discuter de ça tout de suite. » C’est-tu le temps, là? Parce qu’on vous voit vous rallier derrière un projet qui ne ressemble pas à ce que vous vouliez ou ce que nous avons de besoin, et compromettre votre vision pour appuyer un semblant d’université franco-ontarienne. Alors que vous discutez des conditions particulières qui feraient en sorte que l’institution soit un succès, le projet actuel avance sans assurance que le gouvernement va établir ces conditions. On dit que ce sera le premier de plusieurs campus, mais ceci n’est aucunement garanti. On dit que les communautés ailleurs en province ne seront pas impactées de façon négative, mais on n’admet pas que ce soit une possibilité et on ne met rien en place pour les protéger. On dit que le projet proposé par le gouvernement ne va pas assez loin, mais on l’appuie parce qu’on se dit que c’est mieux que rien.

Je suis tanné. Tanné des slogans. Du semblant de consensus et d’appui communautaire. De l’idéalisme naïf qui fait abstraction de la réalité. De la tendance  d’aveuglement appuyer un projet au nom d’un idéal ou de la cause. De la notion que seuls les militants qui poussent pour le projet sont tannés du statu quo. De me faire expliquer avec condescendance que je ne comprends pas les enjeux. Je suis tanné de devoir justifier ma réalité et mes inquiétudes face à un mouvement qui semble déterminé à m’ignorer et à ignorer les autres membres de ma communauté.

Est-ce qu’on va l’avoir un vrai débat? Parce que j’attends toujours. Je veux tellement m’embarquer dans ce projet, d’être aussi excité que les autres, mais seulement si le par et pour m’inclus. Et ce n’est pas à moi de me conformer à une communauté ou un mouvement qui prétend parler en mon nom.

Vous pouvez consulter l’intégral du débat ici, si vous avez du temps à perdre.

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