As is (tel quel), monté par le TNO pour leur pièce communautaire de la saison 2018-2019 avec une mise en scène d’Hélène Dallaire, est une pièce de théâtre énergique, percutante et effrénée. Elle raconte l’histoire de Saturnin, étudiant en philosophie qui réussit à obtenir un emploi à un magasin d’articles de seconde main du nom de « l’Armée du rachat », et ses efforts pour tenter de bien accomplir son travail comme « trieur de cossins, » tout en tentant d’apprendre à connaître et peut-être aider ses collègues. C’est un spectacle qui questionne notre société de consommation, les différences entre les classes sociales et ce qui définit bien agir dans un milieu difficile complexe et hiérarchisé qui résiste au changement.

Ce qui est le plus marquant à propos de ce spectacle, c’est l’énergie, l’ambition et le travail qui est représenté. Ce n’est pas un texte facile à aborder : la thématique est profonde et comparable à une parodie contemporaine de Les Misérables avec tout ce que cela comprend de personnages variés et complexes, d’envergure et de pertinence du propos. En plus, le spectacle se veut une « anti-comédie musicale, » ce qui ajoute un élément de chorégraphie et de chant à cette pièce.

Pourtant, l’équipe de production a réussi à présenter une pièce d’une qualité rarement vue au niveau communautaire. La mise en scène est hors pair et permet de garder le rythme nécessaire pour réussir un spectacle aussi imposant. De plus, l’interprétation juste et enthousiaste des personnages les rend tous charmants et humains à leurs propres manières. Les chansons, supportées par une chorégraphie de Darquise Lauzon, sont plutôt divertissantes et permettent aussi de présenter les soliloques des personnages de façon plus novatrice que la simple déclamation.

Par contre, il y a quelques lacunes qui amenuisent l’efficacité du spectacle. Au niveau du texte, les personnages sont parfois assez caricaturaux, ce qui entrave quelque peu l’humanité du propos. Il y a des moments pendant lesquels la souffrance de ces personnages semble être moquée plutôt qu’analysée, comme l’échec de la cure de désintoxication d’un des personnages, Richard, qui sert plus de « running gag » qu’autre chose. En plus, le spectacle est très long, environne 2h10 avec l’entracte, et certaines blagues perdent leur efficacité après quelques minutes. Par exemple, le segment répété de Roselyne, la fée-conseillère en ressources humaines, fonctionne très bien au début, mais le filon s’épuise au fil des apparitions. Finalement, l’interprétation des chansons n’est pas toujours parfaite. En plus, elles ralentissent le rythme du spectacle, surviennent de nulle part, n’accomplissent que très peu et ne sont pas toujours bien écrites. Par conséquent, c’est une pièce avec certaines longueurs qui risquent d’épuiser les spectateurs.

En somme, c’est un spectacle qui est admirable au niveau de l’ambition, mais qui n’est pas une expérience théâtrale parfaite lorsque prise dans son ensemble. Le propos est intrigant et l’effort franchement éblouissant, mais sans le bon état d’esprit, la pièce risque d’être exténuante plutôt que divertissante pour certains spectateurs.

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