Où as-tu grandi et où as-tu fait des études ?

J’ai grandi en banlieue de Montréal et je suis passée par une foule d’institutions post-secondaires dans tout autant de programmes – ceci dit, je n’ai pas fait d’études en lettres françaises. J’aime étudier et s’il est vrai que l’engagement des professeur·e·s fait une énorme différence dans l’appréciation du cours, le contact avec d’autres étudiant·e·s qui partagent mes intérêts est probablement ce que j’apprécie le plus de ce type d’apprentissage. Ces connexions peuvent mener à des projets incroyables, sans compter l’amitié, les fous rires et les souvenirs. Dommage que l’éducation post-secondaire coûte aussi cher, et que l’offre de cours dits « non transférables sur le marché de l’emploi » ne cesse de diminuer, ici comme partout.

Depuis combien de temps es-tu à Sudbury ?

J’habite à Sudbury depuis trois ans.

Peux-tu nous parler de ton expérience et ton rôle en tant que poète officielle ?

J’entame ma deuxième (et dernière) année en tant que poète officielle. Les tâches sont simples : promouvoir la poésie et la littératie auprès des citoyen·ne·s de Sudbury. Je dispose des outils développés par les ancien·ne·s poètes officiel·le·s, et j’ai la liberté de mettre sur pied mes propres projets, bien sûr dans la mesure du budget, qui est inexistant. J’ai ma propre émission de radio bilingue sur les ondes de CKLU, Poésie Station, dans laquelle je présente des poètes et des textes et où j’invite des membres de la communauté à venir parler de leur relation à la poésie. Sinon, je suis disponible pour prodiguer des conseils tous les premiers mardis du mois à la bibliothèque centrale. Je prépare un numéro spécial de la revue Terra North/Nord pour lequel j’ai reçu des soumissions de poètes d’ici. Je travaille sur d’autres projets ad hoc, et on m’invite à des lectures et des festivals, en ville et ailleurs. Mon rôle en est aussi un de représentation : quand je vais quelque part, j’amène Sudbury, sa créativité, sa vitalité, avec moi.

Qui sont tes inspirations littéraires ?

Je lis énormément et de tout. Beaucoup de livres m’ont fait tomber en bas de ma chaise ces dernières années. L’érudition de Thierry Dimanche, la poésie disséquée de Carole David, l’engagement fiévreux d’Hélène Monette, le sarcasme de Meaghan Strimas ou l’inventivité de Baron Marc-André Lévesque sont autant d’influences, mais je me régale aussi de culture pop, d’actualités et d’autres formes d’art.

Peux-tu me parler d’un accomplissement dont tu es fière.

Fière je ne sais pas, mais je suis reconnaissante à ce mélange d’expérience, d’éducation et de résilience qui forme ma personne d’être toujours capable de rebondir, de développer de nouvelles idées, de me débrouiller. Ma créativité connaît des hauts et des bas, ce qui est angoissant quand on bâtit sa vie autour de sa plume. Mais même dans les moments creux, je finis toujours par retrouver l’étincelle. Comme quoi même quand on pense que le tube de dentifrice est vide, il en reste toujours assez pour se brosser les dents une fois de plus.

Comment vois-tu Sudbury dans 10 ans ?

J’ai plein de rêves pour Sudbury, mais avec les politicien·ne·s et les lobbys qu’on a, je vois mal comment ils pourraient se réaliser. Densification urbaine? Lutte contre la pauvreté? Diversification du marché de l’emploi? Croissance de la population francophone? Alphabétisation et valorisation de l’éducation? Transport actif? Je nous souhaite un Sudbury heureux, je nous souhaite des vies qui ont du sens. La course au burnout, l’accumulation de cossins, la culture automobile, la masculinité toxique, tout cela ne crée pas de sens, ne rend pas heureux. Je veux une ville à échelle humaine, où se multiplient les occasions de se rencontrer et de partager. Des projets comme la Place des Arts me donnent beaucoup d’espoir. Et je veux une librairie francophone!

Quels conseils aurais-tu pour des jeunes poètes ?

Lire, lire, relire et lire encore plus. Il y a tant de façons de faire de la poésie et je trouve un peu prétentieux d’affirmer savoir écrire sans avoir fait l’expérience de tout ce que la littérature a déjà produit. Pour moi, la poésie est une réponse qu’on offre à un·e autre poète, une autre œuvre, une expérience vécue ou une personne rencontrée. Je ne crois pas aux conseils du type « une heure par jour »; par contre, il faut écrire, pas seulement dire qu’on veut écrire! Et il faut apprendre à accepter la critique, se créer un comité de lectrices et lecteurs qui donnent un avis honnête, puis réécrire autant de fois que nécessaire. Rien n’est parfait du premier coup. L’écriture prend du temps, il faut laisser les mots macérer un peu.

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