Où as-tu grandi et où as-tu fait des études ?

Je suis née à Mattawa, à l’est de North Bay. Ma famille est une famille de fermiers du canton de Papineau, une très jolie zone rurale de Mattawa. Elle est une des plus grandes familles de la région (en fait, de toute la province!) et je suis donc parentée avec plein de monde dans le village. À l’âge de 11 ans mon père, qui travaillait pour la compagnie forestière Weyerhaeuser, a été transféré et notre famille a dû quitter Mattawa pour aller vivre à Sault Ste Marie. Ce fût le choc de notre vie. J’ai vécu à Sault Ste Marie jusqu’à l’âge de 21 ans et je suis venue faire mes études à la Laurentienne. Je détiens un baccalauréat avec une double majeur en psychologie et sociologie.

Depuis combien de temps es-tu à Sudbury ?

Bien suite à ma graduation de la Laurentienne en 1985, j’ai quitté le Canada pour environ 12 ans et je suis revenue à Sudbury en 2001 avec mes filles Cécilia et Alanis.

Quel est ton emploi présentement ?

Je suis Coordonnatrice en promotion de la santé au Centre de santé communautaire du Grand Sudbury, un poste que j’occupe depuis 2006.

Peux-tu me parler du travail que tu fais avec la communauté LGBTQ+ ?

Je ne peux pas parler du travail que je fais avec la communauté LGBTQ+ sans parler du mandat du Centre de santé. Une des raisons que je me considère très chanceuse de travailler là  c’est que le modèle des soins des centres de santé reconnait l’importance des facteurs sociaux déterminants de la santé et travaille activement pour éliminer les barrières comme la pauvreté, l’exclusion sociale, et la discrimination qui ont un énorme impact sur la santé de la population. Cette approche me passionne car l’impact des déterminants de la santé est très clair, mais pas assez mis en valeur ni par le gouvernement ni par la plupart des acteurs du secteur de la santé. Mais les gens qui vivent ces impacts, EUX ils en sont conscients. Ça mène souvent à des projets sociaux très intéressants avec un potentiel d’empowerment considérable.

Pour en revenir à ta question, je vais d’abord commencer par faire mon propre petit coming out. Cet été, je me suis rendue compte que je m’identifie comme membre de cette communauté. Pas certaine si je suis queer ou bisexuelle encore mais j’ai toujours senti qu’en quelque part, c’est une communauté à laquelle je m’identifie. Mais en fait, c’est à l’instar de membres de la communauté LGBTQ+ que j’ai commencé à travailler activement sur les enjeux de santé de cette communauté. En 2013, Aédan Charest et Bobby Aubin sont venus me rencontrer pour me demander si le Centre pourrait offrir un groupe de soutien pour personnes trans francophones. Bobby et Aédan ont recruté des gens pour y participer, et avec autres personnes de la communauté ont agi comme personnes ressources. Nous avons offert le groupe pendant 2 ans et demi jusqu’à ce qu’il se transforme dans le projet Artistes Trans Artistry. Entretemps, et toujours avec l’appui du Centre de santé, j’ai appuyé avec la tenue de certaines activités et ateliers. Nous avons produit un vidéo intitulé ‘J’ai que’t’chose à t’dire’ qui parle entre autre, de jeunes qui font un coming out avec leurs familles, notre troupe de théâtre communautaire a produit une saynète intitulée ‘De retour dans le placard’ qui aborde le sujet de l’homophobie et la transphobie dans les services aux aînés, et avec l’appui et le soutien de notre direction et de certains collèegues, nous avons fait nombreuses formations avec notre équipe. Depuis trois ans maintenant, le CSCGS participe activement aux activités de Fierté Sudbury.

L’an passé, en collaboration avec autres intervenants en santé du milieu, j’ai siégé au Comité organisateur de la Conférence biannuelle de l’organisme Santé Arc-en-ciel qui a eu lieu ici à Sudbury. Ce fût incroyable de voir 500 personnes débarquer chez nous pour discuter de santé lgbtq+ pendant près 4 jours! Et dans le cadre de cette conférence, et toujours en collaboration avec des artistes du milieu, nous avons organisé l’exposition ‘Quand on fait de l’art queer dans une ville minière’ une exposition qui soulignait les expressions artistiques de membres de la communauté lgbtq+ de la région du Grand Sudbury.

Tout ça dans le but de contribuer à créer des espaces où nous comme francophones on peut dialoguer soit entre nous-mêmes ou en lien avec la communauté hétérosexuelle sur les enjeux que vivent les membres de la communauté LGBTQ+ . Et d’avoir des outils produits par nous, chez nous avec notre monde, qui pourraient nous aider à faire ça.


Tu es connue dans la communauté comme étant une activiste pour plusieurs causes importantes. Lesquelles te tiennent le plus à cœur et pourquoi ?

Sans aucun doute, la cause qui me tient le plus à cœur est lutte sur les droits des Premières nations. Pourquoi? Parce que nous aussi les francophones nous sommes signataires des traités. Parce que nous aussi on est un peuple colonisateur. Parce que nous aussi on a joué un rôle dans l’établissement des pensionnats autochtones. Parce que nous aussi on continue à perpétuer des structures gouvernementales et sociales qui sont racistes et colonisatrices.

En 1987 je suis partie travailler comme observatrice des droits de la personne en Amérique centrale. Ce qui m’a le plus frappé entre les deux yeux c’est le racisme et l’impact de la colonisation. En témoignant de ces phénomènes sociaux dans un contexte qui m’était complètement étranger, j’ai pourtant vu des parallèles marquantes avec la situation des autochtones au Canada. C’est depuis que je suis passionnée par cette cause. Le racisme en Amérique centrale et au Mexique, la levée des Zapatistes au Chiapas en 1994 pour revendiquer les droits des Mayas, oubliés par l’Accord du libre-échange de l’Amérique du nord, la crise d’Oka en 1989, les femmes autochtones assassinées et disparues, le mouvement Idle No More, la Commission de la vérité et réconcialiation, le cas de Coulten Boushie et Tina Fontaine et j’en passe….ce sont tous des moments de notre parfois sordide histoire qui m’interpèlent et m’obligent de passer à l’action.

Peux-tu me parler d’un accomplissement dont tu es fière.

Juste un? Lol…je blague….je suis très fière du rôle que joue le Centre de santé communautaire du Grand Sudbury dans la création d’espaces sécuritaires et positifs pour des gens qui connaissent de l’exclusion et de la marginalisation systématique à cause de choix qu’on fait comme société.

Si tu compares Sudbury depuis que tu es arrivée et jusqu’à présent, quel est le changement le plus marquant ?

Quand je suis arrivée à Sudbury en 2001, j’ai été hypnotisée par la vibrante culture alternative qui existait ici à l’époque : dans les arts et la culture, dans le mouvement activiste, dans le mouvement contre la prolifération des armes nucléaires, contre l’apartheid, contre le racisme, le mouvement LGBTQ….et tous ces mouvements avaient des liens profonds d’amitié et de complicité entre eux que je trouvais fascinants. Mais c’étaient quand même des mouvements qui existaient dans la marge de la société. Dans l’underground, jusqu’à un certain point. Je trouvais ça fascinant.

Aujourd’hui ces mêmes mouvements existent et sont très visibles. Ils pleinent leur place sans devenir ‘institutionnels’. Ils continuent à être de beaux complices.

Où aimerais-tu voir des changements dans le futur, tant en politique qu’en culture ou en infrastructure ?

Sur le plan local, j’ai hâte qu’entre francophones on se parle de nos responsabilités comme peuple colonisateur. De nos responsabilités envers le Traité Robinson Huron, et envers la Commission de la vérité et la réconciliation. De nos responsabilités envers les survivants des pensionnats et du Sixties scoop. J’aimerais qu’on puisse en parler ouvertement pour que nous aussi comme peuple on puisse commencer la longue et difficile tâche de reconnaître notre rôle historique dans l’histoire de l’île de la Tortue et comment on contribue à la réconciliation.

Et ce aussi avec les communautés ethnoculturelles qui arrivent ici. Nous avons une responsabilité envers ces peuples dont les terres ont été exploitées par nos gouvernements pour notre confort et notre aisance économique. Quelle est notre responsabilité envers ces peuples? J’ai hâte qu’on puisse s’en parler et qu’on trouve des réponses à ces questions.

Apart ça, ça m’enrage le racisme qui existe aussi envers les latinos et les noirs aux États-Unis et la montée du fascisme la bas et maintenant ici en Ontario. Ces quatres prochaines années seront trrrrès longues….et puis, bin veut veut pas, il va falloir se faire à l’idée que nous sommes en plein changements climatiques et qu’on commence enfin à trouver de vraies solutions à ce complexe problème. Si on pensait aux futures générations pour une fois et non pas à notre propre confort, me semble que ça pourrait faire une différence.

Apart ça….bin j’aimerais bien voir plus de festivals, de musique du monde, de poésie, de librairies françaises, de murales. J’ai très très hâte à l’ouverture de la Place des arts. On en a jamais trop de ces belles choses-là surtout quand le monde est si bouleversé.

Leave a Reply